Nous avons craqué en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, sur la suggestion anodine de l'une d'entre nous. Elle dit "tout le monde est triste, le fond de l'air est morose, trop marre de bosser, apéro ?"
Les deux autres que nous sommes avons tergiversé, posé des conditions juste histoire d'essayer de protester un peu et de se donner une contenance (voire un cadre...). Bon, nous avons cédé, après avoir résisté juste ce qu'il faut pour avoir l'air digne.
Tu parles, on devrait commencer à le savoir, pourtant, que l'alchimie entre nous trois nous conduit systématiquement à du grand n'importe quoi.
La suggestion d'origine était raisonnable, nous l'avons comme il se doit transformé en une soirée déraisonnable, tant sur le plan financier (ah oui, là, j'ai fait très fort), que sur celui de la durée, de la consommation d'alcool et des rencontres multiples et improbables.
Mais parlons-en un peu plus, de ces filles-là.
Il y a donc F, qui fait le même métier que moi, pas au même endroit. Mais on habite la même ville. F. est arrivée il y environ un an et demi. Elle a rencontré douze milliard de gens grâce à ce site local qui permet aux gens de se réunir autour d'une initiative proposée. C'est donc ainsi qu'elle a rencontré B. Elles ont sympathisé.
Un jour F. m'a proposé de les rejoindre (et ce fût notre baptême, qui a fini sur le bateau, on commence à le savoir).
Et puis donc il y a B. (mais comme l'initiale appartient ici à quelqu'un d'autre, il faut que je lui trouve un autre nom). Je l'appellerai Prof de Lettres.
Et, tout de suite, ça passe entre nous.
Le plus fou, c'est qu'au cours de notre première soirée, je finis par réaliser que je la connais.
Que ses parents m'ont même hébergée pendant 15 jours ou 3 semaines en l'an 2000 et que, elle, plus jeune, je l'avais croisée un soir qu'elle rentrait de sa prépa chez papa-maman et on en avait même parlé. Même que j'avais provoqué les yeux ronds de son père politiquement très bien placé en refusant sa proposition de me pistonner (snif, j'étais jeune, honnête et pleine de grands principes ; le premier qui dit que j'étais très conne...aura raison, je crains de l'être encore).
Je suis la vieille du groupe. Ça-aussi, c'est une nouvelle donne de ces derniers temps, après des années à être la plus jeune, j'ai basculé d'un coup dans le camp des plus vieilles un peu partout ; étrange, ces paliers sur la route.
Ces drôlesses disent que je suis leur Sage.
La dernière fois où elles ont passé une nuit de pure folie, je n'ai pas pu être des leurs. Elles disent que si j'avais été là, je les aurais raisonnées et que ça n'aurait pas fini comme ça a fini. Euh, comment dire ? Je ne suis pas sûre qu'elle m'ait bien cernée. Ça ferait bien marrer ceux qui me connaissent. Mais peut-être que si, d'une certaine manière je suis plus...moins...enfin, je ne sais pas.
Alors, c’est parti, on se perd, un bar : F. nous raconte comme d'habitude ses histoires de cœur et met 12 heures pour écrire un sms à un type, moi je raconte d'autres histoires (hum !) et Prof de Lettres dit qu'on doit absolument venir pour ses 30 ans.
Et puis un resto au-dessus de nos moyens, et puis tous ces hommes seuls à table, ce n'est pas possible, alors on craque et bien sûr, pas bêtes, ils ne se font pas prier. Pour le panel, on passe d'un suisse-allemand contrôleur-qualité à un représentant national d'un syndicat très connu. Tout se mélange, nos univers, nos opinions et surtout le fait qu'on n'en ait tous rien à cirer car on sait que l'instant ne dure que pour ce qu'il est et que demain, tout aura disparu. Chacun reprendra son quotidien.
Le temps s'allonge, les restaurateurs prennent peur mais on les libère gentiment pour changer d'endroit car, oui-oui, messieurs, il faut absolument goûter le vin d'ici, voyons !
F. rase les murs du bar où nous nous rendons, car elle s'y est méchamment illustrée 10 jours plus tôt, pas très fière dans son trench coat.
Les discussions continuent et j'ai la langue bien pendue, les vilaines chopent tout au vol et remplissent leur fichier pour plus tard. Je parle de tout et sors de ma figure de secret. Prof de Lettres fait comme d'habitude la parfaite hôtesse bien éduquée, à prendre soin de son petit monde autour. F. se lève tôt demain et finit par culpabiliser d'être si peu raisonnable, alors elle rentre. Des gens continuent à payer des verres, je continue à parler d'où j'en suis avec ce suisse que je ne connais pas mais qui écoute vraiment et c'est enfin l'heure de fermer, nous voilà tous dehors.
Prof de Lettres finit par un texto sur la route du retour qui me dit : "Such a perfect night". Oh que oui.
Sur le pont tout-à-l'heure, je lui ai définitivement succombé lorsqu'elle m'a fait cette confidence, très vite, pour ne pas s'effondrer, sur le deuil qu'elle porte : "je préfère te le dire tout de suite car je ne peux pas en parler plus sans me mettre à pleurer".
Ok, copine, soyons légères pour faire la nique à tout notre gravité.
Les deux autres que nous sommes avons tergiversé, posé des conditions juste histoire d'essayer de protester un peu et de se donner une contenance (voire un cadre...). Bon, nous avons cédé, après avoir résisté juste ce qu'il faut pour avoir l'air digne.
Tu parles, on devrait commencer à le savoir, pourtant, que l'alchimie entre nous trois nous conduit systématiquement à du grand n'importe quoi.
La suggestion d'origine était raisonnable, nous l'avons comme il se doit transformé en une soirée déraisonnable, tant sur le plan financier (ah oui, là, j'ai fait très fort), que sur celui de la durée, de la consommation d'alcool et des rencontres multiples et improbables.
Mais parlons-en un peu plus, de ces filles-là.
Il y a donc F, qui fait le même métier que moi, pas au même endroit. Mais on habite la même ville. F. est arrivée il y environ un an et demi. Elle a rencontré douze milliard de gens grâce à ce site local qui permet aux gens de se réunir autour d'une initiative proposée. C'est donc ainsi qu'elle a rencontré B. Elles ont sympathisé.
Un jour F. m'a proposé de les rejoindre (et ce fût notre baptême, qui a fini sur le bateau, on commence à le savoir).
Et puis donc il y a B. (mais comme l'initiale appartient ici à quelqu'un d'autre, il faut que je lui trouve un autre nom). Je l'appellerai Prof de Lettres.
Et, tout de suite, ça passe entre nous.
Le plus fou, c'est qu'au cours de notre première soirée, je finis par réaliser que je la connais.
Que ses parents m'ont même hébergée pendant 15 jours ou 3 semaines en l'an 2000 et que, elle, plus jeune, je l'avais croisée un soir qu'elle rentrait de sa prépa chez papa-maman et on en avait même parlé. Même que j'avais provoqué les yeux ronds de son père politiquement très bien placé en refusant sa proposition de me pistonner (snif, j'étais jeune, honnête et pleine de grands principes ; le premier qui dit que j'étais très conne...aura raison, je crains de l'être encore).
Je suis la vieille du groupe. Ça-aussi, c'est une nouvelle donne de ces derniers temps, après des années à être la plus jeune, j'ai basculé d'un coup dans le camp des plus vieilles un peu partout ; étrange, ces paliers sur la route.
Ces drôlesses disent que je suis leur Sage.
La dernière fois où elles ont passé une nuit de pure folie, je n'ai pas pu être des leurs. Elles disent que si j'avais été là, je les aurais raisonnées et que ça n'aurait pas fini comme ça a fini. Euh, comment dire ? Je ne suis pas sûre qu'elle m'ait bien cernée. Ça ferait bien marrer ceux qui me connaissent. Mais peut-être que si, d'une certaine manière je suis plus...moins...enfin, je ne sais pas.
Alors, c’est parti, on se perd, un bar : F. nous raconte comme d'habitude ses histoires de cœur et met 12 heures pour écrire un sms à un type, moi je raconte d'autres histoires (hum !) et Prof de Lettres dit qu'on doit absolument venir pour ses 30 ans.
Et puis un resto au-dessus de nos moyens, et puis tous ces hommes seuls à table, ce n'est pas possible, alors on craque et bien sûr, pas bêtes, ils ne se font pas prier. Pour le panel, on passe d'un suisse-allemand contrôleur-qualité à un représentant national d'un syndicat très connu. Tout se mélange, nos univers, nos opinions et surtout le fait qu'on n'en ait tous rien à cirer car on sait que l'instant ne dure que pour ce qu'il est et que demain, tout aura disparu. Chacun reprendra son quotidien.
Le temps s'allonge, les restaurateurs prennent peur mais on les libère gentiment pour changer d'endroit car, oui-oui, messieurs, il faut absolument goûter le vin d'ici, voyons !
F. rase les murs du bar où nous nous rendons, car elle s'y est méchamment illustrée 10 jours plus tôt, pas très fière dans son trench coat.
Les discussions continuent et j'ai la langue bien pendue, les vilaines chopent tout au vol et remplissent leur fichier pour plus tard. Je parle de tout et sors de ma figure de secret. Prof de Lettres fait comme d'habitude la parfaite hôtesse bien éduquée, à prendre soin de son petit monde autour. F. se lève tôt demain et finit par culpabiliser d'être si peu raisonnable, alors elle rentre. Des gens continuent à payer des verres, je continue à parler d'où j'en suis avec ce suisse que je ne connais pas mais qui écoute vraiment et c'est enfin l'heure de fermer, nous voilà tous dehors.
Prof de Lettres finit par un texto sur la route du retour qui me dit : "Such a perfect night". Oh que oui.
Sur le pont tout-à-l'heure, je lui ai définitivement succombé lorsqu'elle m'a fait cette confidence, très vite, pour ne pas s'effondrer, sur le deuil qu'elle porte : "je préfère te le dire tout de suite car je ne peux pas en parler plus sans me mettre à pleurer".
Ok, copine, soyons légères pour faire la nique à tout notre gravité.
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